Torture : rapport d’Amnesty International sur l’impunité
Amnesty International dénonce périodiquement la persistance de la torture dans l’État espagnol. Dans son rapport annuel correspondant à l’année 2006, cette organisation parle de la période de cinq jours, qui peut être prolongée jusqu'à 13 jours, de mise au secret des personnes arrêtées selon les lois espagnoles.

Gorka Lupiañez torturé
Le 6 janvier, lors d'un contrôle près de Berriz, le jeune Gorka Lupiañez de Durango a été arrêté par la Garde Civile, alors qu'il se déplaçait à pied. Il a été conduit à la caserne « La Salve » de la Garde Civile et mis au secret. Lupiañez était en liberté provisoire et devait être jugé en janvier sous l’accusation d’avoir réalisé des actes de sabotage. Il avait déjà été arrêté en deux autres occasions. A chaque fois, il avait dénoncé le fait d'avoir été torturé.

Prisonniers malades
Gotzone López de Luzuriaga
Il y a neuf prisonniers politiques basques atteints de maladies graves et incurables et qui pourraient sortir de prison en application de l’article 92 du code pénal.


ANALYSE:
Six mois après l’échec du processus de négociation.
Julen Arzuaga, coordinateur de Behatokia
Dossier 18/98:
Des peines très lourdes ont été infligées à des personnes qui ont exercé des activités commerciales, sociales, politiques, culturelles, etc.
L’Audience nationale a rendu publique, le 19 décembre 2007, suite à des fuites dans les médias, la sentence concernant le dossier 18/98.

Arrestation et incarcération de la plupart des membres du bureau politique de Batasuna
Le 9 septembre, lors d’une manifestation durement réprimée par la police basque, des dizaines de manifestants ont été blessés et Juan Mari Olano a été arrêté. Cette arrestation inaugurait une nouvelle phase répressive.

Le juge Baltasar Garzón fait arrêter Marije Fullaondo
Le 18 décembre, une des personnes qui avait signé la requête présentée à la Cour de Strasbourg contre l’interdiction d’Herritarren Zerrenda, Marije Fullaondo, a été arrêtée lors d' une opération policière commandée par le juge de l’Audience Nationale Baltasar Garzón.

Strasbourg a admis les requêtes présentées par Batasuna concernant sa dissolution et son interdiction
Début décembre 2007, la Cour européenne des droits de l’homme analysera les requêtes présentées par Herri Batasuna et Batasuna, par Autodeterminaziorako Bilgunea (AuB), Herritarren Zerrenda (HZ) et les plateformes municipales illégalisées en application de la loi des partis.
:: Torture : rapport d’Amnesty International sur l’impunité
Amnesty International dénonce périodiquement la persistance de la torture dans l’État espagnol. Dans son rapport annuel correspondant à l’année 2006, cette organisation parle de la période de cinq jours, qui peut être prolongée jusqu'à 13 jours, de mise au secret des personnes arrêtées selon les lois espagnoles. Amnesty International souligne que pendant cette période de temps, les « personnes arrêtées accusées d’une présumée relation avec l’ETA déclarent avoir été torturées ». L’État espagnol a ratifié le protocole facultatif de la Convention contre la torture, mais « malgré cela, l'Espagne continue de recourir à des pratiques - notamment la détention au secret - condamnées par le rapporteur spécial des Nations unies sur la torture parce qu'elles augmentaient les risques de mauvais traitements et de torture.».

AI souligne que « des informations ont fait état d'actes de torture et de mauvais traitements imputables à des policiers, une situation aggravée par l'absence d'enquêtes systématiques et indépendantes sur ces agissements » si bien que dans de nombreux cas les « coupables d'actes de torture et de mauvais traitements restent souvent dans une impunité totale ». Cette impunité était particulièrement manifeste dans le rapport présenté publiquement en novembre 2007 « Du sel dans les blessures ». Dans ce rapport et en se référant à l’État espagnol, IA souligne l’absence d’enquêtes judiciaires, le manque de mesures disciplinaires ou le fait que des responsables d’actes de torture ont été graciés par le gouvernement.

Concrètement, AI parle de deux cas vivement dénoncés par Behatokia. Le premier est celui de Joxe Arregi mort, le 13 février 1981, sous la torture. Dans ce cas, 73 policiers étaient impliqués, mais 5 seulement ont été arrêtés, et face à la forte pression exercée par leurs supérieurs, deux seulement ont été jugés et condamnés. Amnesty International fait mention de la promotion de Gil Rubianes, un des policiers jugés et condamnés. Mais cinq autres policiers impliqués dans les tortures sur Arregi ont été ou sont encore de hauts responsables de la police. Par exemple, l’autre policier jugé et condamné, Julián Marín, est commissaire principal et occupe maintenant la responsabilité d’attaché de l’intérieur à l’ambassade de Quito en Équateur. Les trois autres policiers arrêtés au début de l’affaire ont été aussi rapidement promus.

Amnesty International parle d’un deuxième cas, celui de Kepa Urra. Dans ce cas-là, deux des policiers condamnés furent graciés en 1999 après avoir été reçus par José María Aznar à la Moncloa. Ils avaient déjà de hautes responsabilités stratégiques : Manuel Sánchez Corbí a été promu au grade de capitaine pendant le procès et, tout juste après avoir été gracié, il a été promu commandant et responsable de la coordination de la lutte antiterroriste avec la France. José María de las Cuevas Carretero a été destiné à l’Unité de services spéciaux de la Garde Civile. Il a reçu, en tant que représentant de la police judicaire, les membres du CPT du Conseil de l’Europe lors d’une visite en Espagne en 2001. Il est choquant que les autorités espagnoles aient choisi un tortionnaire condamné et gracié pour recevoir les représentants d’une organisation pour la prévention de la torture. L’État espagnol a montré ce même mépris quand il n’a pas mis en pratique la résolution du Comité contre la torture des Nations Unies en ce qui concerne le cas de Kepa Urra. Ce comité avait demandé à l’État espagnol « d'imposer aux auteurs d'actes de torture des peines appropriées eu égard à la gravité des actes en question » et de veiller à « ce que la victime de cet acte de torture obtienne une totale réparation ». Aucune des actions proposées par le Comité n'a été appliquée.

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:: Gorka Lupiañez torturé

Le 6 janvier, lors d'un contrôle près de Berriz, le jeune Gorka Lupiañez de Durango a été arrêté par la Garde Civile, alors qu'il se déplaçait à pied. Il a été conduit à la caserne « La Salve » de la Garde Civile et mis au secret. Lupiañez était en liberté provisoire et devait être jugé en janvier sous l’accusation d’avoir réalisé des actes de sabotage. Il avait déjà été arrêté en deux autres occasions. A chaque fois, il avait dénoncé le fait d'avoir été torturé.

Il a été mis au secret pendant cinq jours à la caserne et pendant sept jours de plus en prison, en application de la réforme de 2003 par laquelle, et contre les recommandations internationales, la période de mise au secret s'est élargie. Gorka a fait un terrible témoignage des tortures subies. Les coups ont commencé dès le début, «surtout aux testicules ». À Madrid, on lui a appliqué plus de 50 fois par jour le supplice du sac en plastique, il a dû faire des milliers de flexions, le supplice de « la baignoire », il l’a subi deux fois et il a été violé une fois avec un bâton. Il a expliqué : « un garde civil m’a attaché les testicules et le pénis avec une corde, et il a tiré sur la corde. Il tirait aussi avec la main. À un moment, j’ai commencé à saigner du pénis ». Vous pouvez lire tout le témoignage sur le site www.behatokia.info.

Les mesures possibles de prévention contre la torture qui, en certains cas, ont pu éviter le pire, n’ont servi à rien dans ce cas-là, précisément parce que ces mesures sont volontaires, aléatoires et anecdotiques. Le régime de mise au secret, reformé récemment pour être élargi, montre toutes ses conséquences. La dénonciation publique réalisée contre le silence des partis politiques, des médias, n’a servi à rien non plus. La torture et ses témoignages sont tenus cachés par le silence complice.

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:: Prisonniers malades : Gotzone López de Luzuriagaa

Il y a neuf prisonniers politiques basques atteints de maladies graves et incurables et qui pourraient sortir de prison en application de l’article 92 du code pénal.

López de Luzuriaga est atteinte d’un cancer du sein. Elle se trouve en prison depuis 18 ans. Le 21 juin 2007, elle a été opérée à l’hôpital de Jaén ; après l’opération elle a dû suivre un traitement de radiothérapie. Dès le début des séances, elle a éprouvé de grandes difficultés à suivre correctement le traitement : conditions inhumaines des transferts à l’hôpital, retards et/ou impossibilités d’être amenée à l’hôpital, etc.

Il faut souligner que cette prisonnière basque se trouve dans une prison située à 700 km de son lieu d’origine, ce qui empêche que des médecins de confiance puissent l’assister. Même la direction de la prison de Jaén a demandé la mise en liberté de López de Luzuriaga en raison de son état de santé.

Néanmoins, l’organisme de supervision des peines a pris, le 16 novembre, une décision. Le juge José Luis Castro a admis la gravité de la maladie, mais n’a pas admis la mise en liberté de la détenue puisqu’il pense que la prison ne lui nuit pas, contrairement à l’avis des médecins. Deux médecins ont envoyé à l’organisme de supervision deux diagnostics, l’un est celui d’un médecin de confiance de la prisonnière, la doctoresse Mati Iturralde et l’autre a été envoyé par le médecin de la prison de Jaén. Tous les deux demandent que Gotzone López de Luzuriaga soit mise en liberté pour pouvoir suivre le traitement.

L’organisme de supervision des peines explique sa réponse négative par « l’impossibilité de garantir que la prisonnière ne commettra aucun autre délit et qu’il n’y a aucun pronostic sur la dangerosité de cette prisonnière ». En plus de ces raisons (la récidive est assez improbable en fonction de l’état dans lequel se trouve Gotzone), le juge pense que la prisonnière « ne s’est pas repentie et qu’elle ne montre aucune volonté de demander pardon à ses victimes ». Ces deux derniers arguments n’ont rien à voir avec l’article 92, qui ne tient compte que des arguments médicaux. Le dernier argument du juge a été qu'il « n’est pas prouvé que la prison ait une incidence négative sur l’évolution de la maladie ».

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:: Dossier 18/98:
Des peines très lourdes ont été infligées à des personnes qui ont exercé des activités commerciales, sociales, politiques, culturelles, etc.

L’Audience nationale a rendu publique, le 19 décembre 2007, suite à des fuites dans les médias, la sentence concernant le dossier 18/98. Par cette sentence, diverses activités commerciales, le quotidien Egin et la radio Egin Irratia, l’organisation politique Ekin, l’association européenne pour la solidarité internationale Xaki et la Fondation pour un mouvement associatif basque Joxemi Zumalabe ont été dissoutes et interdites. La sentence condamne 47 personnes, militants de différentes organisations et médias, à une peine totale de 525 années de prison pour appartenance, direction ou collaboration avec une organisation terroriste, l’ETA.

La sentence, remplie de paragraphes extraits des rapports policiers, montre un manque évident d’objectivité, des interprétations tordues et intéressées pour justifier la décision qui affirme, comme le dit aussi Garzón, que « tout est ETA » : « Ni KAS, ni Ekin, ni Xaki, ne constituent une organisation armée ; elles n’ont pas d’armes, puisque pour leur travail elles n’en ont pas besoin, comme c’est le cas du bras armé de l’ETA, mais ces structures participent pleinement à l’organisation et à la structure de l’organisation terroriste ETA ». Le peines les plus élevées ont été attribuées aux inculpés jouant un rôle au sein d’Orain (société éditrice d’Egin). Le tribunal justifie sa décision en liant les activités correspondant à l’édition d’un quotidien et celles destinées à éluder l’asphyxie économique à laquelle il été soumis avec une supposée dépendance à l’ETA. La présidente du tribunal, Angela Murillo, a déclaré qu’il ne lui fallait aucune preuve pour maintenir cette inculpation, « il suffit de savoir lire ».

Les observateurs internationaux ont rendu public le fait que cette sentence « signifie la normalisation d’une culture juridique d’urgence ou d’exceptionnalité qui établit des responsabilités pénales diffuses et collectives, totalement incompatibles avec un système démocratique ». Pour eux « la sentence est une stratégie, plus globale et de longue durée, de criminalisation du droit, entre autres d’opinion, de réunion, de manifestation d’un important secteur de la société basque ».

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:: Arrestation et incarcération de la plupart des membres du bureau politique de Batasuna

Le 9 septembre, lors d’une manifestation durement réprimée par la police basque, des dizaines de manifestants ont été blessés et Juan Mari Olano a été arrêté. Cette arrestation inaugurait une nouvelle phase répressive. L’arrestation d’Olano, demandée par le juge de l’Audience Nationale, Baltasar Garzón, n’a pas pour origine des désordres produits lors de la manifestation, ni même une soi-disant illégalité de cette manifestation, mais une « réitération délictuelle» en tant que porte-parole de l’organisation en faveur de l’amnistie Askatasuna. Juan Mari Olano a déjà été pendant quatre ans en prison préventive, avec 13 autres militants d’Askatasuna, sans que pour autant aucun procès n'ait eu lieu. Sans doute l’activité politique de cette organisation - dénonciation de la répression et de l’impunité de ceux qui l’exercent - gêne l’État. Baltasar Garzón avait suspendu les activités d’Askatasuna jusqu’en février 2007, mais à cette date il a oublié de prolonger cette suspension. C’est-à-dire que les activités d'Askatasuna ne sont plus supendues en raison de la négligence de Garzón.

Ohiana Agirre, militant d’Askatasuna, et Joseba Álvarez, responsable du pôle de relations internationales de Batasuna, ont été arrêtés quelques semaines après.

Les journaux proches du gouvernement avaient déjà annoncé cette nouvelle stratégie. Le 9 septembre, le quotidien El País, signalait que le gouvernement s’apprêtait à répondre de façon « implacable » au défi de l’ETA, selon une expression du président José Luis Rodriguez Zapatero. « Le gouvernement va s’attaquer à l’appareil militaire de l’ETA et à la direction politique qui a participé au processus de dialogue, ainsi qu’aux organisations de son entourage, affirment les responsables du gouvernement. » Le 30 septembre, le quotidien Público faisait référence à cette politique répressive contre les organisations en écrivant que le gouvernement s’attendait à ce qu’une grande partie des dirigeants de la gauche indépendantiste se retrouve en prison avant les élections.

C'est dans cette ambiance créée par les médias, que, le 4 octobre, une vingtaine des dirigeants de la gauche basque ont été arrêtés par la police espagnole. Ces militants de Batasuna étaient réunis dans un petit village de Gipuzkoa, Segura, qui a été complètement pris d’assaut par la police. Tous ces militants ont été mis au secret, mais le traitement qu'ils ont subi est resté correct.

La couverture juridique de cette opération a été fournie, à nouveau, par le juge de l’Audience Nationale Baltasar Garzón. Dans une décision du 7 octobre, Garzón expliquait que « le réseau terroriste dirigé par l’ETA phagocyte toutes les organisations et tous les collectifs connus sous le nom de « gauche indépendantiste », espace utilisé et instrumentalisé par Batasuna. La conclusion de cet argument est que « la tendance expansive de Batasuna sous la direction de l’ETA est évidente et peut produire des effets dans d’autres organisations qui peuvent être colonisées. On pourra prendre des mesures contre ces organisations quand on aura des indices suffisants pour le faire, mais pas avant ». En conclusion : toute la gauche indépendantiste est potentiellement l’ETA et il faudra prendre des mesures contre elle. Le ministre de l’Intérieur, M. Rubalcaba, sur la même longueur d’onde que Garzón, a déclaré que « Batasuna est en train de se réorganiser pour donner un support à l’ETA, purement et simplement ». « Et l’État ne va pas y consentir » a-t-il ajouté.

Cette opération contre le travail politique et social de la gauche indépendantiste a été qualifiée dans les médias internationaux d' « opération de vengeance ».

En dehors des principes juridiques bafoués, de la légalité ou illégalité de ces opérations policières, des supposés « fondements de droits » utilisés, ce qu’on peut constater est qu’une politique de harcèlement et de persécution des idées est en marche. Malgré l’utilisation de la police et du système judiciaire pour résoudre des conjonctures politiques, il est clair que cette politique répressive a bien été perçue par des observateurs internationaux et par les organisations et organismes de défense de droits humains.

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:: Le juge Baltasar Garzón fait arrêter Marije Fullaondo

Le 18 décembre, une des personnes qui avait signé la requête présentée à la Cour de Strasbourg contre l’interdiction d’Herritarren Zerrenda, Marije Fullaondo, a été arrêtée lors d' une opération policière commandée par le juge de l’Audience Nationale Baltasar Garzón. Ce juge n’a voulu donner aucune information sur cette arrestation aux avocats de Fullaondo en prétextant que le dossier était sous scellés. Marije Fullaondo a été mise au secret pendant trois jours et ensuite incarcérée sous l’inculpation « d’intégration à organisation terroriste et de récidive ». Dans l’accusation, le juge souligne le lien de Fullaondo avec les partis politiques EAE-ANV et EHAK, partis légaux actuellement avec représentativité dans les administrations communales pour le premier, et au Parlement basque, pour le deuxième. Le juge affirme « qu’il va ouvrir une enquête plus approfondie » sur ces organisations. Marije Fullaondo dans une interview réalisée quelques heures avant son arrestation avait déclaré : « La situation des dernièrs jours nous montre qu’il y a une recrudescence très importante du conflit entre le Pays basque et l’État espagnol et c’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la montée de la répression de l’État espagnol et la montée des actions de l’ETA. » La raison de l’arrestation de Fullaondo se situerait dans le cadre de l’opération policière du 4 octobre menée par la police espagnole à Segura au cours de laquelle avait été arrêtée une partie importante des membres du Bureau politique de Batasuna.

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:: Strasbourg a admis les requêtes présentées par Batasuna concernant sa dissolution et son interdiction

Début décembre 2007, la Cour européenne des droits de l’homme analysera les requêtes présentées par Herri Batasuna et Batasuna, par Autodeterminaziorako Bilgunea (AuB), Herritarren Zerrenda (HZ) et les plateformes municipales illégalisées en application de la loi des partis. Ces requêtes ont été présentées par la défense des partis indépendantistes à la Cour de Strasbourg, une fois épuisée la voie judiciaire espagnole. Les deux articles sur lesquels se basent les requêtes sont l’article 10 (droit à la liberté d’expression) et l’article 11 (droit à la liberté de réunion et d’association) de la Convention européenne des droits de l’homme.

La défense de l’État espagnol a justifié la dissolution et l'interdiction des partis indépendantistes en alléguant qu’ils « constituaient une menace pour les droits de l’homme, pour la démocratie et le pluralisme ». Il a pris pour base la thèse du juge Baltazar Garzón qui dit que « tout est ETA » et que « la création de Batasuna et d’Herri Batasuna correspond à la stratégie d’ETA de dédoubler ses axes d’activités ».

La Cour pour la sauvegarde des droits humains décide que « face à l’ensemble des arguments des deux parties, ces requêtes touchent des questions très sérieuses de fait et de Droit qui ne peuvent se résoudre à ce stade, c’est-à-dire qu’il faut un examen plus approfondi.

Quant à cette première résolution, les avocats des plaignants montrent une « prudente satisfaction » et l’État pense qu’il n’y a aucun problème puisqu’ils ont raison. Si on regarde les statistiques, on constate que la Cour de Strasbourg n’accepte que 1,5% des requêtes présentées et qu’elle décide favorablement pour 80 % d’entre elles.

Maintenant s’ouvre une nouvelle phase dans laquelle les deux parties pourront présenter de nouveaux arguments. Tout ce procès sera très long, mais il représente la possibilité de retablir les drois politiques fondamentaux en Pays basque.


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:: ANALYSE:
Six mois après l’échec du processus de négociation.
Julen Arzuaga, coordinateur de Behatokia

Dès avant l’été, il était clair que le processus de négociation sur l’avenir du conflit basque avait échoué. La méthodologie du débat politique se basait sur deux accords distincts, un entre l’organisation ETA et le gouvernement espagnol et un autre entre les partis Batasuna, PNB et PSE. L’objet du premier accord portait sur les questions militaires et celui de l’autre accord devait servir à débloquer la partie politique du conflit basque. Les points politiques fondamentaux sont la reconnaissance du territoire basque du sud du Pays basque, son droit à décider de son avenir et le droit à pouvoir défendre tous les projets politiques.

Bien que les motifs fondamentaux du désaccord et de la rupture des négociations aient été des questions d'ordre politique (divergence sur les contenus), les formes ont eu une grande importance. Tandis que l’État faisait connaître publiquement le résultat positif d’une vérification de la désactivation des expressions de violence de l’ETA, lui, pendant les pourparlers politiques, ne désactivait à aucun moment aucune de ses expressions de violence. Cette pratique est en totale opposition avec les accords et conventions internationales sur les droits humains et les libertés fondamentales que l’État espagnol a signées et envers lesquels il s’est engagé volontairement. Les partis politiques sont restés illégaux, un secteur très important de la société basque n’a pas pu se présenter aux élections et même n’a pas pu exercer son droit de vote, les activités des mouvements politiques et sociaux basques ont été suspendues et les militants de ces mouvements ont été poursuivis judiciairement, la présence de l’armée et de la Guardia Civil a été constante dans les villages et sur les routes basques (le Pays basque est le territoire le plus militarisé de l’Europe occidentale), la pression sur le collectif de prisonnier(e)s basques a augmenté (dispersion accrue dans les États espagnol et français, changement des lois pour que l’accomplissement total des peines soit porté à 40 ans, impossibilité de libération des prisonnier(e)s atteints de maladies graves, application de la « doctrine Parot » par laquelle les institutions pénitentiaires n’acceptent pas la libération des prisonniers qui ont accompli leur peine, ou fabriquent de nouvelles accusations pour les maintenir en prison, comme dans le cas d’Iñaki de Juana, etc.), la structure antiterroriste mise en œuvre par le PP est restée intacte : régime de mise au secret des personnes arrêtées, Audience Nationale, etc. En définitive, comme le PSOE lui-même l'a reconnu, l’État n’a jamais fait de trêve; ainsi que les organismes basques l'ont dénoncé, secondés par des institutions et observateurs internationaux, l’État espagnol n’a pas accepté les conditions minimales, les standards minimaux d’une vie politique démocratique pour avancer dans un processus permettant de dépasser toutes les violences et pour la résolution politique du conflit basque.

Après l’été, comme on s’y attendait, la répression a augmenté en flèche. Zapatero, le nouveau guerrier, annonce que « l’État est préparé pour ce combat » et il retourne à ses vieilles armes : politiques (la constitution espagnole, camisole de force de la légalité espagnole) et répressives (Garzón depuis l’Audience Nationale, le régime de mise au secret, le système pénitentiaire, etc.). La force brute.

Il semble que maintenant ce ne soit pas le bon moment pour les mouvements critiques, pour la dissidence face à ce système qui se cache sous des arguments qui passent principalement par des mesures répressives - ordinaires et exceptionnelles - mises en marche année après année. Il est plus que nécessaire pour les mouvements sociaux du Pays basque, de l’État espagnol et de l’Europe de trouver une stratégie en réponse à cette répression.

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