:: Torture : rapport d’Amnesty
International sur l’impunité
Amnesty International dénonce périodiquement
la persistance de la torture dans l’État espagnol.
Dans son rapport annuel correspondant à l’année
2006, cette organisation parle de la période de cinq jours,
qui peut être prolongée jusqu'à 13 jours, de
mise au secret des personnes arrêtées selon les lois
espagnoles. Amnesty International souligne que pendant cette période
de temps, les « personnes arrêtées accusées
d’une présumée relation avec l’ETA déclarent
avoir été torturées ». L’État
espagnol a ratifié le protocole facultatif de la Convention
contre la torture, mais « malgré cela, l'Espagne continue
de recourir à des pratiques - notamment la détention
au secret - condamnées par le rapporteur spécial des
Nations unies sur la torture parce qu'elles augmentaient les risques
de mauvais traitements et de torture.».
AI souligne que « des informations ont
fait état d'actes de torture et de mauvais traitements
imputables à des policiers, une situation aggravée
par l'absence d'enquêtes systématiques et indépendantes
sur ces agissements » si bien que dans de nombreux cas les
« coupables d'actes de torture et de mauvais traitements
restent souvent dans une impunité totale ». Cette
impunité était particulièrement manifeste
dans le rapport présenté publiquement en novembre
2007 « Du sel dans les blessures ». Dans ce rapport
et en se référant à l’État espagnol,
IA souligne l’absence d’enquêtes judiciaires,
le manque de mesures disciplinaires ou le fait que des responsables
d’actes de torture ont été graciés
par le gouvernement.
Concrètement, AI parle de deux cas vivement
dénoncés par Behatokia. Le premier est celui de
Joxe Arregi mort, le 13 février 1981, sous la torture.
Dans ce cas, 73 policiers étaient impliqués, mais
5 seulement ont été arrêtés, et face
à la forte pression exercée par leurs supérieurs,
deux seulement ont été jugés et condamnés.
Amnesty International fait mention de la promotion de Gil Rubianes,
un des policiers jugés et condamnés. Mais cinq autres
policiers impliqués dans les tortures sur Arregi ont été
ou sont encore de hauts responsables de la police. Par exemple,
l’autre policier jugé et condamné, Julián
Marín, est commissaire principal et occupe maintenant la
responsabilité d’attaché de l’intérieur
à l’ambassade de Quito en Équateur. Les trois
autres policiers arrêtés au début de l’affaire
ont été aussi rapidement promus.
Amnesty International parle d’un
deuxième cas, celui de Kepa Urra. Dans ce cas-là,
deux des policiers condamnés furent graciés en 1999
après avoir été reçus par José
María Aznar à la Moncloa. Ils avaient déjà
de hautes responsabilités stratégiques : Manuel
Sánchez Corbí a été promu au grade
de capitaine pendant le procès et, tout juste après
avoir été gracié, il a été
promu commandant et responsable de la coordination de la lutte
antiterroriste avec la France. José María de las
Cuevas Carretero a été destiné à l’Unité
de services spéciaux de la Garde Civile. Il a reçu,
en tant que représentant de la police judicaire, les membres
du CPT du Conseil de l’Europe lors d’une visite en
Espagne en 2001. Il est choquant que les autorités espagnoles
aient choisi un tortionnaire condamné et gracié
pour recevoir les représentants d’une organisation
pour la prévention de la torture. L’État espagnol
a montré ce même mépris quand il n’a
pas mis en pratique la résolution du Comité contre
la torture des Nations Unies en ce qui concerne le cas de Kepa
Urra. Ce comité avait demandé à l’État
espagnol « d'imposer aux auteurs d'actes de torture des
peines appropriées eu égard à la gravité
des actes en question » et de veiller à « ce
que la victime de cet acte de torture obtienne une totale réparation
». Aucune des actions proposées par le Comité
n'a été appliquée.
retourner en haut
:: Gorka Lupiañez torturé
Le 6 janvier, lors d'un contrôle
près de Berriz, le jeune Gorka Lupiañez de Durango
a été arrêté par la Garde Civile, alors
qu'il se déplaçait à pied. Il a été
conduit à la caserne « La Salve » de la Garde
Civile et mis au secret. Lupiañez était en liberté
provisoire et devait être jugé en janvier sous l’accusation
d’avoir réalisé des actes de sabotage. Il
avait déjà été arrêté
en deux autres occasions. A chaque fois, il avait dénoncé
le fait d'avoir été torturé.
Il a été mis au secret pendant
cinq jours à la caserne et pendant sept jours de plus en
prison, en application de la réforme de 2003 par laquelle,
et contre les recommandations internationales, la période
de mise au secret s'est élargie. Gorka a fait un terrible
témoignage des tortures subies. Les coups ont commencé
dès le début, «surtout aux testicules ».
À Madrid, on lui a appliqué plus de 50 fois par
jour le supplice du sac en plastique, il a dû faire des
milliers de flexions, le supplice de « la baignoire »,
il l’a subi deux fois et il a été violé
une fois avec un bâton. Il a expliqué : « un
garde civil m’a attaché les testicules et le pénis
avec une corde, et il a tiré sur la corde. Il tirait aussi
avec la main. À un moment, j’ai commencé à
saigner du pénis ». Vous pouvez lire tout le témoignage
sur le site www.behatokia.info.
Les mesures possibles de prévention
contre la torture qui, en certains cas, ont pu éviter le
pire, n’ont servi à rien dans ce cas-là, précisément
parce que ces mesures sont volontaires, aléatoires et anecdotiques.
Le régime de mise au secret, reformé récemment
pour être élargi, montre toutes ses conséquences.
La dénonciation publique réalisée contre
le silence des partis politiques, des médias, n’a
servi à rien non plus. La torture et ses témoignages
sont tenus cachés par le silence complice.
retourner
en haut
:: Prisonniers malades : Gotzone López
de Luzuriagaa
Il y a neuf prisonniers politiques basques
atteints de maladies graves et incurables et qui pourraient sortir
de prison en application de l’article 92 du code pénal.
López de Luzuriaga est atteinte d’un
cancer du sein. Elle se trouve en prison depuis 18 ans. Le 21
juin 2007, elle a été opérée à
l’hôpital de Jaén ; après l’opération
elle a dû suivre un traitement de radiothérapie.
Dès le début des séances, elle a éprouvé
de grandes difficultés à suivre correctement le
traitement : conditions inhumaines des transferts à l’hôpital,
retards et/ou impossibilités d’être amenée
à l’hôpital, etc.
Il faut souligner que cette prisonnière
basque se trouve dans une prison située à 700 km
de son lieu d’origine, ce qui empêche que des médecins
de confiance puissent l’assister. Même la direction
de la prison de Jaén a demandé la mise en liberté
de López de Luzuriaga en raison de son état de santé.
Néanmoins, l’organisme de supervision
des peines a pris, le 16 novembre, une décision. Le juge
José Luis Castro a admis la gravité de la maladie,
mais n’a pas admis la mise en liberté de la détenue
puisqu’il pense que la prison ne lui nuit pas, contrairement
à l’avis des médecins. Deux médecins
ont envoyé à l’organisme de supervision deux
diagnostics, l’un est celui d’un médecin de
confiance de la prisonnière, la doctoresse Mati Iturralde
et l’autre a été envoyé par le médecin
de la prison de Jaén. Tous les deux demandent que Gotzone
López de Luzuriaga soit mise en liberté pour pouvoir
suivre le traitement.
L’organisme de supervision des
peines explique sa réponse négative par «
l’impossibilité de garantir que la prisonnière
ne commettra aucun autre délit et qu’il n’y
a aucun pronostic sur la dangerosité de cette prisonnière
». En plus de ces raisons (la récidive est assez
improbable en fonction de l’état dans lequel se trouve
Gotzone), le juge pense que la prisonnière « ne s’est
pas repentie et qu’elle ne montre aucune volonté
de demander pardon à ses victimes ». Ces deux derniers
arguments n’ont rien à voir avec l’article
92, qui ne tient compte que des arguments médicaux. Le
dernier argument du juge a été qu'il « n’est
pas prouvé que la prison ait une incidence négative
sur l’évolution de la maladie ».
retourner
en haut
:: Dossier 18/98:
Des peines très lourdes ont été infligées
à des personnes qui ont exercé des activités
commerciales, sociales, politiques, culturelles, etc.
L’Audience nationale a rendu
publique, le 19 décembre 2007, suite à des fuites
dans les médias, la sentence concernant le dossier 18/98.
Par cette sentence, diverses activités commerciales, le
quotidien Egin et la radio Egin Irratia, l’organisation
politique Ekin, l’association européenne pour la
solidarité internationale Xaki et la Fondation pour un
mouvement associatif basque Joxemi Zumalabe ont été
dissoutes et interdites. La sentence condamne 47 personnes, militants
de différentes organisations et médias, à
une peine totale de 525 années de prison pour appartenance,
direction ou collaboration avec une organisation terroriste, l’ETA.
La sentence, remplie de paragraphes extraits
des rapports policiers, montre un manque évident d’objectivité,
des interprétations tordues et intéressées
pour justifier la décision qui affirme, comme le dit aussi
Garzón, que « tout est ETA » : « Ni KAS,
ni Ekin, ni Xaki, ne constituent une organisation armée
; elles n’ont pas d’armes, puisque pour leur travail
elles n’en ont pas besoin, comme c’est le cas du bras
armé de l’ETA, mais ces structures participent pleinement
à l’organisation et à la structure de l’organisation
terroriste ETA ». Le peines les plus élevées
ont été attribuées aux inculpés jouant
un rôle au sein d’Orain (société éditrice
d’Egin). Le tribunal justifie sa décision en liant
les activités correspondant à l’édition
d’un quotidien et celles destinées à éluder
l’asphyxie économique à laquelle il été
soumis avec une supposée dépendance à l’ETA.
La présidente du tribunal, Angela Murillo, a déclaré
qu’il ne lui fallait aucune preuve pour maintenir cette
inculpation, « il suffit de savoir lire ».
Les observateurs internationaux ont rendu
public le fait que cette sentence « signifie la normalisation
d’une culture juridique d’urgence ou d’exceptionnalité
qui établit des responsabilités pénales diffuses
et collectives, totalement incompatibles avec un système
démocratique ». Pour eux « la sentence est
une stratégie, plus globale et de longue durée,
de criminalisation du droit, entre autres d’opinion, de
réunion, de manifestation d’un important secteur
de la société basque ».
retourner
en haut
:: Arrestation et incarcération de
la plupart des membres du bureau politique de Batasuna
Le 9 septembre, lors d’une
manifestation durement réprimée par la police basque,
des dizaines de manifestants ont été blessés
et Juan Mari Olano a été arrêté. Cette
arrestation inaugurait une nouvelle phase répressive. L’arrestation
d’Olano, demandée par le juge de l’Audience
Nationale, Baltasar Garzón, n’a pas pour origine
des désordres produits lors de la manifestation, ni même
une soi-disant illégalité de cette manifestation,
mais une « réitération délictuelle»
en tant que porte-parole de l’organisation en faveur de
l’amnistie Askatasuna. Juan Mari Olano a déjà
été pendant quatre ans en prison préventive,
avec 13 autres militants d’Askatasuna, sans que pour autant
aucun procès n'ait eu lieu. Sans doute l’activité
politique de cette organisation - dénonciation de la répression
et de l’impunité de ceux qui l’exercent - gêne
l’État. Baltasar Garzón avait suspendu les
activités d’Askatasuna jusqu’en février
2007, mais à cette date il a oublié de prolonger
cette suspension. C’est-à-dire que les activités
d'Askatasuna ne sont plus supendues en raison de la négligence
de Garzón.
Ohiana Agirre, militant d’Askatasuna,
et Joseba Álvarez, responsable du pôle de relations
internationales de Batasuna, ont été arrêtés
quelques semaines après.
Les journaux proches du gouvernement avaient
déjà annoncé cette nouvelle stratégie.
Le 9 septembre, le quotidien El País, signalait que le
gouvernement s’apprêtait à répondre
de façon « implacable » au défi de l’ETA,
selon une expression du président José Luis Rodriguez
Zapatero. « Le gouvernement va s’attaquer à
l’appareil militaire de l’ETA et à la direction
politique qui a participé au processus de dialogue, ainsi
qu’aux organisations de son entourage, affirment les responsables
du gouvernement. » Le 30 septembre, le quotidien Público
faisait référence à cette politique répressive
contre les organisations en écrivant que le gouvernement
s’attendait à ce qu’une grande partie des dirigeants
de la gauche indépendantiste se retrouve en prison avant
les élections.
C'est dans cette ambiance créée
par les médias, que, le 4 octobre, une vingtaine des dirigeants
de la gauche basque ont été arrêtés
par la police espagnole. Ces militants de Batasuna étaient
réunis dans un petit village de Gipuzkoa, Segura, qui a
été complètement pris d’assaut par
la police. Tous ces militants ont été mis au secret,
mais le traitement qu'ils ont subi est resté correct.
La couverture juridique de cette opération
a été fournie, à nouveau, par le juge de
l’Audience Nationale Baltasar Garzón. Dans une décision
du 7 octobre, Garzón expliquait que « le réseau
terroriste dirigé par l’ETA phagocyte toutes les
organisations et tous les collectifs connus sous le nom de «
gauche indépendantiste », espace utilisé et
instrumentalisé par Batasuna. La conclusion de cet argument
est que « la tendance expansive de Batasuna sous la direction
de l’ETA est évidente et peut produire des effets
dans d’autres organisations qui peuvent être colonisées.
On pourra prendre des mesures contre ces organisations quand on
aura des indices suffisants pour le faire, mais pas avant ».
En conclusion : toute la gauche indépendantiste est potentiellement
l’ETA et il faudra prendre des mesures contre elle. Le ministre
de l’Intérieur, M. Rubalcaba, sur la même longueur
d’onde que Garzón, a déclaré que «
Batasuna est en train de se réorganiser pour donner un
support à l’ETA, purement et simplement ».
« Et l’État ne va pas y consentir » a-t-il
ajouté.
Cette opération contre le travail politique
et social de la gauche indépendantiste a été
qualifiée dans les médias internationaux d' «
opération de vengeance ».
En dehors des principes juridiques bafoués,
de la légalité ou illégalité de ces
opérations policières, des supposés «
fondements de droits » utilisés, ce qu’on peut
constater est qu’une politique de harcèlement et
de persécution des idées est en marche. Malgré
l’utilisation de la police et du système judiciaire
pour résoudre des conjonctures politiques, il est clair
que cette politique répressive a bien été
perçue par des observateurs internationaux et par les organisations
et organismes de défense de droits humains.
retourner
en haut
:: Le juge Baltasar Garzón fait arrêter Marije Fullaondo
Le 18 décembre, une des
personnes qui avait signé la requête présentée
à la Cour de Strasbourg contre l’interdiction d’Herritarren
Zerrenda, Marije Fullaondo, a été arrêtée
lors d' une opération policière commandée
par le juge de l’Audience Nationale Baltasar Garzón.
Ce juge n’a voulu donner aucune information sur cette arrestation
aux avocats de Fullaondo en prétextant que le dossier était
sous scellés. Marije Fullaondo a été mise
au secret pendant trois jours et ensuite incarcérée
sous l’inculpation « d’intégration à
organisation terroriste et de récidive ». Dans l’accusation,
le juge souligne le lien de Fullaondo avec les partis politiques
EAE-ANV et EHAK, partis légaux actuellement avec représentativité
dans les administrations communales pour le premier, et au Parlement
basque, pour le deuxième. Le juge affirme « qu’il
va ouvrir une enquête plus approfondie » sur ces organisations.
Marije Fullaondo dans une interview réalisée quelques
heures avant son arrestation avait déclaré : «
La situation des dernièrs jours nous montre qu’il
y a une recrudescence très importante du conflit entre
le Pays basque et l’État espagnol et c’est
dans ce contexte qu’il faut comprendre la montée
de la répression de l’État espagnol et la
montée des actions de l’ETA. » La raison de
l’arrestation de Fullaondo se situerait dans le cadre de
l’opération policière du 4 octobre menée
par la police espagnole à Segura au cours de laquelle avait
été arrêtée une partie importante des
membres du Bureau politique de Batasuna.
retourner
en haut
:: Strasbourg a admis les requêtes présentées
par Batasuna concernant sa dissolution et son interdiction
Début décembre 2007,
la Cour européenne des droits de l’homme analysera
les requêtes présentées par Herri Batasuna
et Batasuna, par Autodeterminaziorako Bilgunea (AuB), Herritarren
Zerrenda (HZ) et les plateformes municipales illégalisées
en application de la loi des partis. Ces requêtes ont été
présentées par la défense des partis indépendantistes
à la Cour de Strasbourg, une fois épuisée
la voie judiciaire espagnole. Les deux articles sur lesquels se
basent les requêtes sont l’article 10 (droit à
la liberté d’expression) et l’article 11 (droit
à la liberté de réunion et d’association)
de la Convention européenne des droits de l’homme.
La défense de l’État espagnol
a justifié la dissolution et l'interdiction des partis
indépendantistes en alléguant qu’ils «
constituaient une menace pour les droits de l’homme, pour
la démocratie et le pluralisme ». Il a pris pour
base la thèse du juge Baltazar Garzón qui dit que
« tout est ETA » et que « la création
de Batasuna et d’Herri Batasuna correspond à la stratégie
d’ETA de dédoubler ses axes d’activités
».
La Cour pour la sauvegarde des droits humains
décide que « face à l’ensemble des arguments
des deux parties, ces requêtes touchent des questions très
sérieuses de fait et de Droit qui ne peuvent se résoudre
à ce stade, c’est-à-dire qu’il faut
un examen plus approfondi.
Quant à cette première résolution,
les avocats des plaignants montrent une « prudente satisfaction
» et l’État pense qu’il n’y a aucun
problème puisqu’ils ont raison. Si on regarde les
statistiques, on constate que la Cour de Strasbourg n’accepte
que 1,5% des requêtes présentées et qu’elle
décide favorablement pour 80 % d’entre elles.
Maintenant s’ouvre une nouvelle
phase dans laquelle les deux parties pourront présenter
de nouveaux arguments. Tout ce procès sera très
long, mais il représente la possibilité de retablir
les drois politiques fondamentaux en Pays basque.
retourner
en haut
:: ANALYSE:
Six mois après l’échec du processus de négociation.
Julen Arzuaga, coordinateur de Behatokia
Dès avant l’été,
il était clair que le processus de négociation sur
l’avenir du conflit basque avait échoué. La
méthodologie du débat politique se basait sur deux
accords distincts, un entre l’organisation ETA et le gouvernement
espagnol et un autre entre les partis Batasuna, PNB et PSE. L’objet
du premier accord portait sur les questions militaires et celui
de l’autre accord devait servir à débloquer
la partie politique du conflit basque. Les points politiques fondamentaux
sont la reconnaissance du territoire basque du sud du Pays basque,
son droit à décider de son avenir et le droit à
pouvoir défendre tous les projets politiques.
Bien que les motifs fondamentaux
du désaccord et de la rupture des négociations aient
été des questions d'ordre politique (divergence sur
les contenus), les formes ont eu une grande importance. Tandis que
l’État faisait connaître publiquement le résultat
positif d’une vérification de la désactivation
des expressions de violence de l’ETA, lui, pendant les pourparlers
politiques, ne désactivait à aucun moment aucune de
ses expressions de violence. Cette pratique est en totale opposition
avec les accords et conventions internationales sur les droits humains
et les libertés fondamentales que l’État espagnol
a signées et envers lesquels il s’est engagé
volontairement. Les partis politiques sont restés illégaux,
un secteur très important de la société basque
n’a pas pu se présenter aux élections et même
n’a pas pu exercer son droit de vote, les activités
des mouvements politiques et sociaux basques ont été
suspendues et les militants de ces mouvements ont été
poursuivis judiciairement, la présence de l’armée
et de la Guardia Civil a été constante dans les villages
et sur les routes basques (le Pays basque est le territoire le plus
militarisé de l’Europe occidentale), la pression sur
le collectif de prisonnier(e)s basques a augmenté (dispersion
accrue dans les États espagnol et français, changement
des lois pour que l’accomplissement total des peines soit
porté à 40 ans, impossibilité de libération
des prisonnier(e)s atteints de maladies graves, application de la
« doctrine Parot » par laquelle les institutions pénitentiaires
n’acceptent pas la libération des prisonniers qui ont
accompli leur peine, ou fabriquent de nouvelles accusations pour
les maintenir en prison, comme dans le cas d’Iñaki
de Juana, etc.), la structure antiterroriste mise en œuvre
par le PP est restée intacte : régime de mise au secret
des personnes arrêtées, Audience Nationale, etc. En
définitive, comme le PSOE lui-même l'a reconnu, l’État
n’a jamais fait de trêve; ainsi que les organismes basques
l'ont dénoncé, secondés par des institutions
et observateurs internationaux, l’État espagnol n’a
pas accepté les conditions minimales, les standards minimaux
d’une vie politique démocratique pour avancer dans
un processus permettant de dépasser toutes les violences
et pour la résolution politique du conflit basque.
Après l’été,
comme on s’y attendait, la répression a augmenté
en flèche. Zapatero, le nouveau guerrier, annonce que «
l’État est préparé pour ce combat »
et il retourne à ses vieilles armes : politiques (la constitution
espagnole, camisole de force de la légalité espagnole)
et répressives (Garzón depuis l’Audience Nationale,
le régime de mise au secret, le système pénitentiaire,
etc.). La force brute.